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La Cisse

La Cisse et ses Moulins

 

L’histoire de la Cisse et de ses Moulins peut être résumée ainsi : Il y a d’abord la petite Beauce qui est cultivée, puis dès le 9ème siècle sous l’impulsion des Carolingiens, la Cisse est aménagée pour porter un maximum de Moulins. Les travaux sont l’œuvre des seigneurs de l’époque qui disposent du sol, de la rivière, et de la main-d’œuvre. Le travail fait, ils en confient la gestion aux moines installés en bordure. Les moines élargissent le val en défrichant les forêts qui l’enserrent surtout vers l’ouest. Ce travail se fait aux dépens de la forêt de Blémars, laquelle fait place à un paysage de gâtine. La forêt de Blois est conservée, elle est utile pour la construction et l’économie de la ville, et surtout indispensable, pour les chasses seigneuriales. Tout le monde a entendu parlé de la chasse fantastique de Thibault (Comte de Tours, Chartres et Blois mort v.976) qui le menait de Bury à Montfrault (pavillon de chasse qui a précédé Chambord).

Les Moulins continueront au cours des siècles à moudre du grain. Les derniers meuniers à exercer leur métier à Molineuf sont : Louis Lelu en 1936 au Moulin de Bury – Marcel Ha en 1926 au Moulin de Molineuf – Maxime Evras en 1946 au Moulin d’Andillon.

Ces Moulins sont aujourd’hui transformés en maisons d’habitation bien aménagées et agréables à vivre.

Regardons un peu plus en détail le déroulement des évènements. Un écrit de Grégoire (évêque de Tours de 573 à 594) signale l’établissement à Loches d’un Moulin à eau construit par St. Ours.

Au cours du siècle suivant, sous le règne de Dagobert, sont édictées les règles relatives aux Moulins à eau. Les ” barbares ” installés dans notre pays, à l’époque Gallo-romaine, pour y faire du défrichement et de la culture, utilisaient dès le 5ème siècle des Moulins à eau en Germanie et jusqu’en Bavière.

C’est sous le règne de Charlemagne que les Moulins à eau se sont largement répandus en France. L’établissement des Moulins de la Cisse ne fait pas exception à l’impulsion que les Carolingiens donnent aux initiatives qui répondaient à un mouvement économique général.

En 832 l’empereur Louis donne à Marmoutiers les terres de Chambon avec ses prés et ses vignes ainsi que le Moulin à eau de Chambon.

Vers 1100 Archemfred des Roches, chevalier et quelques autres seigneurs féodaux se désistent de leurs droits sur le Moulin d’Orchaise au profit du prieuré de Marmoutiers installé à Orchaise en 1060.

En 1121, Geoffroy Bourreau, seigneur de Bury, donne aux moines de Tiron une terre située entre la Cisse et la forêt et un Moulin dit Moulin Neuf.

En 1178, une sentence arbitrale remet à l’Abbé de Marmoutiers une partie du Moulin de Champigny près d’Orchaise, précédemment acheté.

Tout ceci prouve l’ancienneté de l’utilisation de la Cisse à des usages mécaniques. De plus les dates indiquées plus haut se rapportent à des cessions de Moulins existants antérieurement..

Les travaux, entraînés par l’établissement de Moulins, sont trop importants pour que l’on n’ait pas utilisé au maximum le cours de la rivière en multipliant les chutes d’eau. On compte en effet vingt Moulins pour une dénivellation d’une vingtaine de mètres. La Cisse présente tous les avantages favorisant ces installations : son débit régulier, sa pente douce et suffisante et en hiver ses gelées sont rares.

Toutes ces circonstances favorables devaient être appréciées à une époque où l’on ne connaissait pas encore le Moulin à vent. (l’un des premiers signalé en France vers 1263 est celui de Lancé).

Une question se pose sur l’utilité et le rôle de ces Moulins, car au Moyen Age la vallée de la Cisse et plus précisément la Cisse Moyenne qui nous intéresse, était prise entre deux massifs forestiers :

A l’est la forêt de Blois, la moins importante et que des routes traversaient.

A l’Ouest au contraire, la vaste forêt de Blémars (Marche de Blois) occupait un bien plus grand espace, limité approximativement par St Cyr du Gault (appelé alors St Cyr en Blémars), Château-Renault, Amboise et le cours de la Loire jusqu’à Chouzy via Veuves (dont le nom vient du gaulois Vidua qui signifie forêt). Cette forêt, repaire de brigands et de bêtes fauves, était quasiment impénétrable, elle constitua longtemps une frontière entre les comtés de Blois et d’Anjou.

Les côteaux qui bordaient la Cisse, livrés par les Comtes de Blois aux moines défricheurs étaient malgré tout assez stériles, alors à quoi pouvait servir cette riche industrie meunière. Vingt moulins ainsi rassemblés ne pouvaient travailler qu’à la mouture des céréales. L’ensemble des moulins de la Cisse furent certainement dès le début des moulins à farine.

La partie sud-ouest de la Beauce, la petite Beauce, est drainée en grande partie par la Cisse, qui est la seule véritable rivière de la région.

Il semble que la distance séparant les lieux de production des moulins n’ait pas été un obstacle pour nos ancêtres, en effet des transports importants sont mentionnés dans un document de 1272. Ce même document indique que les moines de Tiron de Molineuf étaient exempts de l’impôt perçu (par le compte de Blois, Jean de Chatillon) sur les transports de blé et de farine.

Il est probable qu’une partie des farines tirées de la Beauce et traitées dans les Moulins de la Cisse rejoignaient la Loire au niveau de Chouzy pour une destination plus ou moins lointaine. A cette époque la Loire était parfaitement navigable et les levées n’existaient pas, ni mêmes les digues dont on signale une première implantation en Anjou au début du 12ème s. sous Henri II Plantagenet.

Du 9ème à la première moitié du 20ème siècle nous avons ici un bel exemple de continuité. Comme les châteaux forts, les premières églises et les monastères, les moulins de la Cisse sont des témoins encore bien réels de notre passé.

Le Moulin d’Andillon

 

Moulin d'Andillion

La Cisse, depuis le Moyen Age, fait tourner de nombreux moulins à eau dont trois sont situés sur la commune de Molineuf

Suivant un glossaire, Andillon signifie petite anguille, effectivement abondante dans la rivière. En 1832, un bail à ferme mentionne l’obligation qui est faite au meunier, François Tardif, de procurer au propriétaire, Paul-François Riffault, notaire à Blois, en sus de blé froment et d’avoine, des chapons, des poulets et six anguilles.

Le moulin était à l’origine, et ceci jusqu’au XIX e siècle, une dépendance du domaine d’Andillon. Un partage entre les héritiers de Nicolas Chauvel, conseiller du Roi et maître en sa Chambre des Comptes à Blois, daté de 1602, donne une description du lieu seigneurial d’Andillon : celui-ci se compose d’un grand corps de logis couvert d’ardoise, d’une galerie donnant sur le jardin, de la maison du closier, d’un pressoir, d’un colombier… et du moulin.

Ce dernier, d’une grande importance économique, fait l’orgueil de ses propriétaires. Ainsi en 1806, Pierre Druillon en réponse à l’enquête du préfet écrit : « Je suis propriétaire d’un moulin appelé le moulin d’Andillon dont la fondation se perd dans la nuit des temps… C’est le meilleur moulin qui soit sur toute la rivière soit par son abat, sa chute d’eau et la qualité de sa farine ». Les grains arrivent des alentours et de la Petite Beauce voisine.

Le moulin vu de l’autre côté de la Cisse en 2006.

Au milieu du XIXe siècle, le moulin, « l’usine », va connaître de grandes transformations. Les autorités réglementent les cours d’eau et les moulins.

Le vannage est alors modifié. Le moulin est pourvu d’un déversoir, un règlement qui règle la hauteur d’eau lui est attribué en 1853.

Deux autres vannes sont établies en plus de trois anciennes. Le bâtiment qui abrite les meules et autres ustensiles est reconstruit. Enfin, la construction du chemin vicinal (qui passe sur le pont actuel) remplace l’ancien chemin qui longeait la propriété et coupe le lieu-dit en deux. Au XXe siècle, le moulin appartient aux familles de meuniers Mondamert et Evras. Il fabrique de la farine jusqu’à la fin de la guerre de 1940-1945. Lorsque son activité cesse, ses meules et autres ustensiles sont démontés, il est transformé en habitation. Françoise de Person*.

 

Le Moulin de Molineuf

 

Situé sur la rive orientale de la rivière, il est au centre du hameau qui porte son nom. Un premier bâtiment comprend le moulin proprement dit et une chambre, le tout surmonté d’un grenier couvert de tuiles. Une autre construction destinée au logement du meunier est composée d’une chambre à feu avec ” four en icelle “, d’une chambre sans cheminée (ancienne écurie), d’une garde-robe, d’une étable et d’une écurie, le tout sous un grenier à toit de tuiles. Un toit à porcs et une cave taillée dans le roc font également partie de l’exploitation.

En 1784, le moulin et les 11 arpents 3 quartiers (7,14 ha) de prés qui en dépendent sont estimés à 23.000 Louis.

Le Moulin de Bury

 

Moulin de Bury

Construit dans la ” plaine de St Secondin ” au pied de l’église paroissiale, sur la rive occidentale de la Cisse, il est composé de deux constructions distinctes. La première abrite le mécanisme du moulin, une chambre à feu et une écurie, le tout sous un grenier couvert de tuiles. Un toit à porcs est adossé à ce bâtiment. La seconde construction est destinée au meunier. Elle comprend une chambre à feu avec 1 four et un petit cellier, l’ensemble étant surmonté d’un grenier en tuiles. Une étable, constituée d’un toit de chaume supporté par des poteaux en bois et de murs d’épines, est accotée au logis principal.

Avec 9 arpents (5,47 ha) de prés, 1 arpent et 8 boisselées (1,01 ha) de terres labourables et 6 boisselées (0,30 ha) de vigne, l’ensemble est estimé, en 1784, à 25.000 Louis.

Ces deux moulins font partie du domaine du comté de Rostaing.

 Montant de la location de ces moulins

Les baux sont, la plupart du temps, de neuf ans. Ils débutent à Noël ou à la St Jean, le loyer est toujours payé en deux termes égaux à ces mêmes dates.

 — Moulin de Bury : il existe, aux Archives Départementales, une dizaine de baux passés entre 1701 et 1794. La redevance est d’abord fixé à 485 Louis par an, pendant 6 ans (1701-1707), il se stabilise à 500 L par la suite (1723-1769). Au cours de la seconde moitié du siècle, le loyer va connaître une forte hausse passant de 570 L en 1769-1778 à 1.000 L de 1781 à 1794 pour atteindre les 1.450 L dans le bail du 22/02/1795.

Cette augmentation n’est pas le résultat d’un accroissement des surfaces louées, celles-ci demeurant inchangées de 1753 à 1794.

Les redevances en natures quant à elles, ne varient pratiquement pas. Elles se montent à six canards, six chapons, généralement payés à la Toussaint et à ” un gâteau d’un boisseau de fleurs de froment bon et bien beurré ” donné au seigneur lors de la fête des rois. Par la suite, vont également être réclamées par le bailleur, une cinquantaine d’anguilles (dû 1769) et dix ” tomberées ” de fumier pour la closerie seigneuriale de l’Abbaye (à partir de 1781).

 

Moulin de Molineuf : existent également une dizaine de baux passés entre 1698 et 1779. Après une augmentation au début du siècle, le loyer passe de 330 L en 1698 à 480 L en 1707 (hausse résultant d’une augmentation de la surface de pré loué) et à 520 L en 1722. La redevance se stabilise de 1722 à 1745. La seconde moitié du siècle débute également par une hausse du loyer qui passe de 550 L en 1754 à 600 en 1771 pour atteindre 1.000 L en 1780.

Les redevances en natures sont pratiquement identiques à celles indiquées pour le Moulin de Bury, mais la demande de fumier est moins tardive (1736).

 

” Cheptel possédé par les meuniers de St Secondin les Vignes : Il est composé d’animaux de transport. Au cours du siècle le cheval semble se substituer au mulet, les animaux de bât remplacés par les charrettes pourraient être le résultat de l’amélioration des voies de communication. Pour ce qui est du bétail, contrairement à ce qui se pratique à la métairie de Bury, il appartient exclusivement au meunier qui l’apporte lors de son installation.

En 1794 -Moulin d’Andillon (Meunier Gervis) : 3 mulets, 4 chevaux, 2 vaches, 1 porc.

-Moulin de Molineuf (Meunier Bordier) : 2 chevaux, 1 âne, 2 vaches, 1 porc.

-Moulin de Bury (Meunier Pitois) : 1 mulet, 2 chevaux, 1 mule, 1 vache.

 

” Les meuniers, leur famille, leur domesticité : Les liens familiaux , assez lâches au début du siècle entre les différents locataires de la paroisse, vont se renforcer par la suite et les moulins de Bury et de Molineuf vont souvent être exploités par des meuniers issus d’une même famille, directement ou par mariage.

L’exemple de Molineuf est significatif puisqu’il reste aux mains d’une même famille de 1698 à 1785. La transmission se fait de père en fils ou de beau-père à gendre pendant près d’un siècle.

En général les locataires proviennent des paroisses environnantes : Orchaise, Saint-Lubin, Saint-Bohaire, Chambon, Coulanges, Chouzy ou Onzain. Mais certains viennent de très loin comme la famille Bordier qui travaillait auparavant en Sologne.

Le meunier est le principal employeur de la paroisse, devançant de très peu le laboureur. Le recensement de 1796 fournit les données suivantes :

Jean Gervis à Andillon emploie : 2 servantes dont une infirme (20 et 22 ans) et 2 domestiques (14 et 30 ans).

David Nicolas Bordier à Molineuf : 1 servante (22 ans) et 3 domestiques (de 16, 28 et 45 ans).

Jean Pitois de Bury : 2 servantes (19 et 26 ans) et 2 domestiques (20 et 22 ans).

Ces domestiques sont souvent des gens de condition modeste, mais parfois certains d’entre eux sont des fils de meunier venus apprendre le métier et qui bien souvent épousent une fille de leur patron dont ils prennent la succession.

 

*« Un Orléanais à la conduite de son négoce ». Décembre 2008. Prix 29 €.
Éditions de La Salicaire, 7 chemin d’Andillon. 41190 Molineuf. 02 54 70 04 86

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